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« SERVIR » est une publication trimestrielle destinée aux employés d’église (francophones et germanophones) ainsi qu’aux fabriques d’église, sacristains et organistes.
Vous trouverez ci-dessous deux articles que cette revue a consacré au chauffage des églises.
Revue Servir 2004/01 Chauffage et patrimoine : que sait-on ? Par Xavier Deprez
Quelles sont les connaissances à notre disposition concernant les questions de chauffage dans les lieux de culte ? Que faut-il faire ou ne pas faire pour ne pas mettre en péril le patrimoine intérieur des églises ?
On croyait tout savoir sur les questions de chauffage dans les églises. Ou plutôt, on sait tout sur les questions techniques du chauffage, mais ce savoir est apparemment trop peu répandu. Pour preuve, cette mésaventure récente d'une petite église du Brabant wallon, qui décide de se doter d'un nouveau chauffage central, par convecteurs. Une fois l'installation faite, le chauffagiste fait tourner la machine à fond pendant plusieurs jours pour tester son système. Conséquence : l'orgue ne parle plus, les boiseries se fendent et la peinture des tableaux s'écaille. Si la chaleur est bien au rendez-vous, la facture à payer pour les dégâts sera aussi au rendez-vous.
Ce genre de grosse mésaventure n'arrive heureusement pas tous les jours, c'est à espérer. Par contre, il existe de petites mésaventures, qui se répètent de semaine en semaine. Par exemple, là où l'on chauffe vite et fort une heure ou deux avant l'office, et ce dans une majorité des cas avec un chauffage à air pulsé. Quelles sont les conséquences pour le confort de l'assemblée et le devenir du mobilier ? Des conséquences dramatiques. Il existe fort heureusement des solutions, qui permettent même dans certains cas de garder le même confort pour les occupants tout en économisant l'énergie.
C'est trop beau pour y croire. Regardons les faits.
Les documents.
Il existe un guide, édité par la Région wallonne en 1991: 'Guide pour la gestion de l'énergie dans les bâtiments de culte'. Réalisé par le bureau Econotec de Liége, ce guide permet au néophyte de se familiariser avec les notions nécessaires afin de choisir ou de moduler un type de chauffage en fonction. Après l'inventaire du parc des bâtiments en Wallonie, après la description et l'évaluation des différents moyens existants (air pulsé, convecteurs, panneaux radiants, chauffage par le sol, électrique,...), après des notions sur la stratification, l'humidité relative, la conduction et les mouvements d'air, trois églises sont analysées sous l'angle du chauffage : église utilisée en continu ou en intermittence, type de mobilier, système existant à rénover ou à modifier. Un maximum de critères est envisagé pour prendre la bonne décision en matière de chauffage. Ces critères sont : le coût de l'installation et son entretien, l'usage du lieu de culte (en permanence, le week-end), le confort des occupants, le mobilier interne (stalles, boiseries, peintures, orgue,...), l'aération du lieu, l'isolation thermique, le degré d'hygrométrie.
Le chauffage à air pulsé.
On y apprend beaucoup de choses, en vrac : Il apparaît qu'en matière de dépense énergétiques, les petites églises ont tendance à dépenser beaucoup plus que les grandes, tant sur le système de chauffage que sur son coût d'utilisation. Que dans le parc des églises, une majorité ont une superficie de 200 à 300 m2 et datent des XIXe et XXe siècles. Que les églises plus anciennes sont plus soucieuses quand à la qualité de conservation du lieu et du patrimoine. Et que le chauffage à air pulsé est utilisé dans 85% des cas.
Ce dernier fait est interpellant. Heureusement, il existe des solutions (que nous avons surligné dans ce texte ci-dessous et dans la 2ème partie de cet article).
Car pour beaucoup d'organistes et d'experts, le chauffage à air pulsé est l'ennemi juré des orgues. Ce type de chauffage est l'un des meilleurs marché, et rapide d'utilisation : en une heure tout est chauffé. Cependant, des problèmes majeurs demeurent liés à ce type de chauffage, comme le confirme cette récente étude menée par l'Université de Technologie d' Eindhoven sur l'orgue de l'église wallonne de Delft : 'Dégâts causés à un orgue monumental en raison de la déformation du bois suite au chauffage de l'église'. Il s'agit des problèmes causés par la stratification, le mouvement des masses d'air et les variations d'humidité.
La stratification.
La stratification. Un système par air chaud pulsé envoie de l'air chaud via des bouches en général placées au sol (parfois en hauteur). L'air chaud a tendance à monter et à occuper l'espace sous la voûte. Des couches d'air vont ainsi se superposer, du froid vers le chaud, du bas vers le haut, en strates. Le mobilier placé en hauteur sera donc soumis à une plus forte température ou variation de température que le mobilier au sol. Et plus on chauffe avec de l'air très chaud (60°) sur une courte période, plus la stratification agit.
La stratification devient un problème à partir du moment où la différence de température entre les couches basses et hautes est fort importante, (si la différence est supérieure à 15°).
L'humidité relative.
L'air contient toujours une certaine quantité d'eau. La quantité maximale que l'air peut contenir dépend en partie de sa température : plus on chauffe l'air, plus l'air prend de la place, et plus il peut contenir de vapeur. Si l'air est saturé d'eau (comme avec un vase rempli à ras bord) et que l'on continue à fournir de la vapeur d'eau, celle-ci ne pourra que se condenser sous forme de gouttelettes. On mesure l'humidité relative en degrés d'hygrométrie : c'est le rapport entre la quantité d'eau contenue et la quantité maximale que l'air peut contenir. Plus on chauffe l'air, plus l'humidité relative diminue (l'espace augmente), mais la quantité d'eau contenue reste constante.
Quels sont les effets de la stratification ? Dans le cas où l'on chauffe rapidement, il en résulte un gaspillage d'énergie. On chauffe par le haut, et afin de disposer de 18° au sol, l'espace sous les voûtes est entretenu à une température autour des 45°. Cela provoque des mouvements d'air froid du haut vers le bas et donc des courants d'air froid vers les chevilles des occupants, ce qui provoque un inconfort.
Excès de sécheresse.
L'accroissement de chaleur, nous l'avons dit, diminue l'humidité relative. Cela est en partie compensé par l'humidité dégagée par le corps humain. Mais c'est ici que l'effet le plus néfaste se fait sentir sur les boiseries. Une augmentation subite de chaleur entraîne automatiquement un assèchement. Dans certains lieux, si sur un tuyau en bois de bourdon, l'humidité relative est de 50° à l'extérieur, elle est à l'intérieur de 90°. Les fibres du bois sont soumises à une distorsion. À la longue, cela se traduit par des fissures, également dans le sommier qui supporte tous les tuyaux, par un retrait des panneaux latéraux, par des fentes dans les pièces de bois massives. Dans les soufflets, le cuir sec se déchire et provoque des fuites et des baisses de pression de l'air. Ne parlons pas de l'accord des tuyaux qui sont faux, si ils ne sont plus à la température à laquelle ils ont été accordés.
Faut-il alors humidifier l'air ? Si l'on humidifie pendant l'office, l'humidité relative augmente certes, mais dès que l'air refroidit, l'apport d'eau devient excédentaire, et se produit alors la condensation : l'air expulse l'humidité excédentaire sous forme de gouttelette. Sur les bois, bonjour les moisissures ! Sur les peintures aussi. On le voit, les problèmes surgissent lorsque l'air pulsé est très chaud, et qu'il stagne.Et quand le chauffage du lieux se fait en un temps très court. Ce sont les variations brusques de chaleur et d'humidité qui sont sources de problèmes.
Les solutions.
Il suffit dès lors de prendre le contre-pied : dans les lieux utilisés en permanence, le fait de chauffer tout l'hiver coûte moins cher en énergie que si on chauffe par intermittence. Plusieurs grands lieux en Belgique en ont fait l'expérience, comme la Cathédrale de Bruxelles. Dans les lieux où l'occupation est réduite à un ou deux jours, il s'agit de chauffer sur une période plus longue. La montée de la température ne doit pas excéder 2 degrés par heure, certains conseillent même un demi degré par heure.
Pour diminuer l'importance de la stratification et pour que l'air sous la voûte ne soit pas trop chaud, on recommande que l'air qui sorte de la bouche soit moins chaud, entre 30 et 40° selon les lieux.
On recommande aussi que l'air ne stagne pas mais soit soumis à un mouvement presque continu. Avec l'inconvénient que la quantité de poussière transportée soit plus importante.
Utiliser mieux le chauffage à air pulsé, c'est possible, et c'est une nécessité. Etant donné que ce chauffage est le moins cher et le plus répandu, il s'agit de mieux maîtriser son comportement.
À partir des grand principes énoncés, mieux vaut s'arrêter ici car chaque lieu est unique, et pour aller plus loin, il s'agit de faire une étude de fonctionnement. De préférence avec un expert indépendant.
En pratique.
Pratiquement, comment suivre ces conseils ? Car, quels sont les thermostats qui permettent de chauffer d’un degré par heure ? Les systèmes qui permettent de maîtriser la chaleur qui sort des bouches ? D’augmenter la circulation de l’air dans le bâtiment ?
Ce sera l’objet du prochain numéro.
Revue Servir 2004/3 Quelles solutions aux problèmes liés au chauffage à air pulsé ? Par Xavier Deprez
Dans un précédent numéro (Servir 1/2004), le problème du chauffage et des dégâts causés au patrimoine interne des lieux de culte était posé.
Sur base d'une revue éditée par la Région Walonne et Econotec de Liége, ainsi qu'un article qui faisait état des analyses poussées des dégradations de l'orgue de l'église de Delft en lien avec le chauffage (Pays-Bas), il apparaissait que la majorité des systèmes de chauffage dans les églises wallonnes était le chauffage à air pulsé, et que trois problèmes étaient liés à l'utilisation de ce chauffage : à savoir,
- la stratification, c'est à dire la présence de couches d'air de plus en plus chaudes du sol vers la voûte, avec des températures extrêmes au plafond
- la baisse de l'humidité relative dès la mise en marche du chauffage
- un changement de température brusque et violent
Les conséquences à court et moyen terme pour les stucs, peintures, boiseries et les orgues étant désastreuses, quels sont les moyens à disposition pour garder le confort du chauffage tout en protégeant le patrimoine intérieur ? Les spécialistes du chauffage et les architectes de bureaux reconnus ont unanimement désigné Monsieur Boogaerts, (des Etablissements A Boogaerts, Bruxelles) comme la référence en matière de chauffage dans les lieux de culte. Cette société de chauffage a en effet doté plus de 3000 églises depuis près de 95 ans.
Le chauffage à air pulsé a souvent été montré du doigt comme l'ennemi numéro un des boiseries et des orgues. C'est peut-être le cas si des meubles ou des orgues sont placé à proximité immédiate des bouches de chauffage. Ce système n'est pas plus dangereux qu'un autre (l'exemple cité dans la revue 1/2004 d'une église du Brabant wallon dotée d'un système de chauffage central le montre), mais bien la façon dont il est employé.
'Pour nous (la firme Boogaerts) et bien d'autres personnes, ce n'est pas le système de chauffage à air chaud pulsé qui est en cause, au contraire (sauf s'il est mal réalisé, ou en mauvais état), mais surtout la façon de l'utiliser. Il faut en effet prendre en considération l'aspect économique à l'usage qui paraît totalement en contradiction avec un système de chauffage préservant le patrimoine.
Il faut bien distinguer au départ si l'on se trouve en présence d'une église avec un patrimoine de valeur (œuvres d'art, mobilier, orgues) ou non.
Une mauvaise habitude est de croire que l'on va faire des économies en chauffant l'église en une heure, voire en une demi-heure ! Alors qu'au contraire, il faut envisager un régime permanent de plus ou moins 12° C et une mise à température de 17° C avec un accroissement maximal de 2° par heure !
Les techniques actuelles en air chaud pulsé permettent de concilier les deux problèmes.
Les particularités des églises sont tout d'abord la hauteur de l'édifice (qui occasionne une stratification de l'air chaud), une occupation intermittente, et une faible durée d'utilisation.
Il faut également respecter l'intégrité du bâtiment, un fonctionnement le plus silencieux possible, et un faible coût d'exploitation.
Les solutions que nous proposons sont :
- Une régulation électronique permettant une élévation programmée de la température afin d'éviter les chocs thermiques et les variations trop brusques de l'humidité relative.
Cela peut-être combiné avec des sondes supplémentaires de sécurité, disposées à 2 ou 3 endroits de l'église en hauteur.
- Une déstratification par :
- Un système incorporé à l'installation existante (augmentation du débit d'air avec diminution de la température de sortie) pour obtenir un meilleur brassage de l'air en circulation, et particulièrement sous les voûtes.
- Un système séparé de l'installation existante. Ce système est basé sur le principe de l'induction provoquée par un jet d'air libre (ajouter de l'eau froide dans un bain trop chaud) L'installation comprend des inducteurs placés dans les triforiums ou au niveau des voûtes. ils sont raccordés à une gaine placée dans les combles. Le nombre d'inducteurs est à calculer en fonction de la hauteur de montage et de la surface à couvrir.
Ces systèmes peuvent être commandés par une sonde située en hauteur et fonctionnent sans apport de calories dans l'église.
- Une filtration efficace de l'air avec des filtres faciles à remplacer et dont le coût est modique. L'importance de leur entretien est primordial et doit être strict. (Pour la qualité de l'air à respirer et éviter les poussières et cendres).
Toutes ces solutions possibles le sont bien sûr dans le cas de mode de chauffage par air chaud pulsé et augmentent considérablement l'économie d'énergie.
Nous avons chauffé plus de 3000 églises depuis 95 ans, et suivons de près tout ce qui concerne ce domaine très particulier.
Lors d'une entrevue avec le responsable du service Architecture de la Ville de Paris, chargé des bâtiments religieux, celui-ci insistait sur le fait que le système à air chaud pulsé, bien réalisé par des spécialistes, avec du matériel approprié, était la solution idéale. En tout cas, c'est la solution qu'il avait adoptée pour de nombreuses églises à Paris avec une très grande satisfaction.'
A.P Boogaerts
Les solutions existent bel et bien, soit en adaptant le système déjà existant, soit en y associant un système adjoint qui le régularise.
L'équilibre entre confort et sauvegarde du patrimoine est à ce prix. De toute façon, l'économie réalisée en chauffant juste avant les offices disparaît à cause de la dégradation du patrimoine occasionnée.
Il serait très utile dès lors de chiffrer le rapport entre les deux.
Chaque lieu de culte étant un cas unique, tous à vos calculettes!

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